Pour sa prochaine exposition, le MUS a choisi de montrer comment, entre 1850 et 1939, l’évolution du corps et de la posture des travailleurs annonce une transformation majeure, à la fois sociale, sociétale et historique. Le corps au travail devient étendard.
En obtenant le prestigieux « label d’intérêt national 2026 », décerné par le Ministère de la Culture, la nouvelle exposition du MUS Le corps au travail, 1850-1939, se positionne d’emblée dans la cour des grands.
Elle fait en effet partie des 30 expositions phares 2026 reconnues sur le territoire national (1).
Une distinction remarquable qui tient à la composition même de l’exposition et sa scénographie : le choix délibéré a été de faire cohabiter dans une même logique les outils et la représentation artistique de ces derniers.
A travers un ustensile ou une technique, un mouvement ou une posture, la répétition d’un geste ou l’usure d’un corps, le MUS propose d’explorer la vie des femmes et des hommes au travail, au tournant majeur que représente la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle
Quand le geste devient marqueur sociétal
Un véritable tablier de semeur en lin et chanvre tissés répond ainsi à la lithographie Le semeur de Jean-François Millet et au bronze Le semeur de Paul Richer ; une houe à trois dents ou une faucille renvoient à un bronze de Jules Dalou, Bineur ou Homme à la houe, tandis qu’une crible, cet outil méconnu en bois, cuir et métal qui sert à séparer les grains de la paille, permet de mieux visualiser la posture traduite par l’huile sur toile de Gustave Courbet, Les cribleuses de blé. Des battoirs à linge, des planches à laver ou une lessiveuse illustrent les gestes ancestraux des Lavandières peintes par Eugène Damas ou Charles Clair… en tout plus d’une soixantaine de pièces sont présentées, dont beaucoup prêtées par de prestigieux partenaires (2)
Trois séquences, trois époques
Le parcours s’organise en trois séquences, articulées autour de la géographie de la ville : les coteaux (viticulture, agriculture, travail paysan) ; le fleuve (halage, blanchisseries, chantiers fluviaux) ; les usines et la cité-jardins (travail industriel et travail domestique). Les œuvres sur différents supports évoquent les différents métiers exercés à Suresnes, de la viticulture et des activités fluviales aux blanchisseries mécanisées, puis aux grandes usines mécaniques, automobiles, aéronautiques ou de parfumerie. La répartition du travail, les complémentarités et inégalités entre hommes et femmes, mais aussi les circulations entre sphère domestique, industries locales (Coty, Olibet) et services, dessinent une société en pleine mutation.
En juxtaposant ainsi outils et représentations, techniques et postures des hommes et des femmes au travail, ce parcours muséal préfigure les changements majeurs de la société : industrialisation, transformation des métiers, recomposition des rapports sociaux entre hommes et femmes, entre patrons et ouvriers ou paysans.
« Le MUS a voulu montrer la profonde mutation liée à l’industrialisation du territoire. Le développement des infrastructures et l’urbanisation à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, entraînent une transformation qui touche la société entière et génère l’émergence de nouvelles valeurs et de combats contemporains. Les postures, gestes, outils et savoir-faire témoignent autant des contraintes physiques que de la dignité attachée aux travailleurs et travailleuses, » explique Emeline Trion, commissaire de l’exposition. « Cette approche interdisciplinaire renouvelle la connaissance scientifique sur l’histoire sociale du travail, la diversité des expériences entre hommes et femmes, et la construction d’un imaginaire collectif des travailleurs, se constituant en véritable corps social » complète Isabelle de Crécy adjointe au Maire élue à la culture.
Le Corps au travail,1850-1939, du 15 octobre 2026 au 20 juin 2027
MUS, 1 place Michel Colucci, 92150 Suresnes
(1) : 30 expositions labellisées « Exposition d’intérêt national » en 2026 | Ministère de la Culture
(2) L’exposition réunit des œuvres issues des collections du MUS mais aussi des prêts de nombreuses institutions comme le musée d’Orsay, le Petit Palais, le musée des Beaux Arts de Chartres, de Cherbourg, de Denain, de Dijon, de Cognac, d’Autun, le musée Despiau Wlérick de Mont-de-Marsan, le musée de l’Hôtel-Dieu de Mantes-la-Jolie, le château musée de Nemours, le musée de l’Ardenne de Charleville-Mézières, de Vernon, le musée de Sèvres, le musée de la batellerie et des voies navigables de Conflans-Sainte-Honorine ou le musée départemental de Seine-et-Marne.